Interview avec Passes Trad Danse : Dansez la Centrafrique !

photo-bureau-passestraddanseAvec son projet « Éloge de la Concorde Danse», l’association Passes Trad Danse, lauréate du 5ème Prix du PIEED organise des cours de danse et développe un MOOC pour découvrir la diversité, la richesse de la culture et des danses en République centrafricaine (RCA) afin de lutter contre les préjugés sur ce pays marqué par les conflits internes.  Laetitia nous raconte le projet en quelques questions…

Pourquoi avoir choisis d’aborder la culture en Centrafrique par le prisme de la danse ?

D’abord, la danse est très représentative des coutumes centrafricaines et des réalités sociales en Centrafrique : c’est un élément important lors des événements de la vie comme les mariages ou les décès. C’est un témoignage sur les caractéristiques et les identités des différents groupes culturels en RCA. On voyage par la danse ! On voulait aussi contribuer à assurer la pérennité de l’héritage culturel de la RCA. Les danses africaines ne sont pas retranscrites par écrit et avec les conflits en RCA, leur  transmission est mise en danger. C’est aussi un hommage à Germain Gapou, décédé en 2014 pendant le conflit : c’est un danseur chorégraphe-pédagogue centrafricain qui nous a beaucoup donné lorsque nous étions sur place : son savoir sur les danses et énormément de force et de motivation !

Très rapidement, pour vous l’ECSI pour vous c’est ?

3  adjectifs : partager, agir, évoluer.

Pour revenir sur votre projet, quelle est son originalité ?

Il y a deux choses. D’abord, il existe très peu de cours de danse qui se concentrent sur la Centrafrique et ses régions, et qui valorisent ses identités et ses cultures à travers cette discipline. C’est ce que nous cherchons à faire. La deuxième chose c’est le MOOC que nous allons réaliser : on souhaite donner accès à la danse traditionnelle centrafricaine avec un outil moderne et interactif.

En parlant du MOOC, qu’est-ce que c’est comme outil ?

Le MOOC c’est un cours en ligne que nous allons construire sur 7 semaines avec 1h30 de cours par semaine. C’est un cours de vulgarisation sur la danse en RCA : il sera constitué de vidéos de danseurs centrafricains qui partageront leur expérience et feront des démonstrations. Pour la version diffusée en RCA, nous utiliserons des dessins pour nous caler sur la qualité de leur débit internet.  Il y aura aussi un volet plus explicatif sur la culture de cette région. On a choisi le MOOC car c’est un outil éducatif, ludique et accessible, qui permet de créer une communauté d’intérêts autour d’une thématique.

Photo de Germain Gatou

Photo de Germain Gatou

L’obstacle que vous avez eu le plus de difficultés à surmonter ?

Financer le projet n’est pas simple. Il y a aussi la difficulté de communiquer sur les cultures centrafricaines. Ce n’est pas un sujet très vendeur pour les médias sauf pendant les conflits… Du coup, on fait des démos, on montre des costumes, on chante pour montrer cette culture : les gens s’intéressent car c’est très nouveau ! 

 Votre grain de folie ?

La touche Passes Trad Danse c’est qu’on est libre pendant les cours de danse. Venez comme vous êtes, vous êtes libres de danser !

Pour finir, parlons un peu du PIEED : pour vous, à quoi il sert ?

Le PIEED nous apporte de la visibilité mais aussi il nous appuie : ce n’est pas qu’une subvention, on est accompagnés dans notre démarche.  Le PIEED nous encourage  à s’engager, à agir.

Quel est votre meilleur ou pire souvenir du jury du PIEED ?

 En fait on avait déjà été candidat au PIEED en 2013 avant que le conflit en Centrafrique ne soit médiatisé. On a été émus de ne pas avoir eu de Prix car on voulait vraiment informer le public, surtout que c’est à ce moment qu’on a perdu Germain Gapou. On est heureux d’avoir persévéré et cette année on a été récompensés !

Un conseil à faire passer à un futur porteur de projet en ECSI pour postuler au PIEED ?

Persévérez et croyez en votre projet ! Aussi, ne négligez pas le dossier de candidature, n’hésitez pas à bien le détailler. Pensez à l’impact que votre projet aura sur les étudiants en France et à l’étranger mais aussi aux possibilités de réappropriation pour d’autres pays concernés.